Lettres aux aînés

2020

Marie-José Imsand 28 mars 2020

Lettre à mon père

Papa, je t’écris de la cabane au bout du chemin. Entre nous ces mots suffisent. Je t’imagine regarder tous les détails que toi seul parvient véritablement à aimer. Les choses qui passent à travers ton regard prennent vie sans que personne ne comprenne où tu puises ta source d’inspiration. C’est à elle que je confie l’espoir de te tenir la main. Même si je me sens incapable d’incarner ta magie, je la ressens dès que je te rends visite à l’EMS. Ni ses chambres, ni sa nouvelle façade, ni la jolie terrasse ne sauraient combler le vide d’avoir été placé dans un home. Mais cela ne te dérange pas. Toutes les portes de ton passé repoussent l’ennui. Je reconnais en toi cette nécessité de garder les bonheurs secrets, de ne pas en dire trop, de ne pas blesser. Pourquoi t’ai-je raccompagné dans ta chambre le jour où je t’ai aperçu attendre un taxi devant d’hôpital, poussant ton compte-goutte sur le trottoir ? Était-ce la dernière fois que tu aurais pu t’enfuir, être libre…? Aucun incident ne t’a changé, aucun n’aurait pu faire fléchir ta sagesse ou ta foi. Tu es remonté dans ta chambre, tu cachais les médicaments entre les pages de tes livres de chevet. Je t’apportais du vin. Nous le buvions en cachette, heureux. Aujourd’hui, entre les murs de l’établissement médico-social, EMS, tu dis certains jours : on dirait que l’on est sur Mars et aussi, sans réaliser que tu te trompes de mot, je me demande ce que je fais dans ce sms…Dans le calme troublant du home, j’imagine que toi et les hommes et femmes qui y résident connaissez le langage du silence pour communiquer entre vous. Telle une mélodie intérieure harmonisant les réponses à toutes vos questions. Peut-être que les anges s’en mêlent déjà… Papa, je t’écris ce matin de la cabane au bout du chemin et pas un jour ne passe sans que je t’aime avec reconnaissance.

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Francois Jolidon 30 mars 2020

Chers parents disparus

Il y a de nombreuses années que vous n’êtes plus de ce monde, pourtant je profite d’une drôle d’occasion pour vous adresser ce message. Bien tard, c’est vrai, pour vous dire quelques mots d’amour et de reconnaissance.

L’occasion, c’est ce satané virus qui nous oblige à l’arrêt. Qui nous donne le déclic pour relire les pages jaunies de notre existence, pages que notre vie agitée a négligées, voire oubliées.

Le dernier chapitre de mon livre de vie s’appelle « Le bonheur d’être grand – parent » et mon immense regret, c’est de n’avoir pas pu le vivre avec vous. Deux petites filles à croquer, Zoé, six ans et Thalia, deux ans, pétillantes et affectueuses nous remplissent le cœur d’une joie intense. Elles nous manquent cruellement dans cette bizarre période.

L’avant-dernier chapitre a pour titre « Le combat quotidien des parents». Faire des enfants est en effet un engagement à vie de tous les instants. Nos deux enfants peuvent en témoigner, leur parcours n’ayant pas toujours été un fleuve tranquille, mais ils sont devenus à leur tour des parents comblés qui font notre fierté. Quel dommage que vous ne les ayez pas connus vous qui avez élevé quatre enfants avec tendresse et rigueur dans des conditions de vie spartiates.

Je me souviens de toi maman, si douce et tolérante en train de cuisiner, de laver le linge, de jardiner pour nourrir six personnes, de confectionner nos habits. Jamais une plainte ou un reproche. Tu nous écoutais avec attention, suscitant nos confidences, nous donnant notre dose d’amour et de confiance pour marcher vers la vie d’un pas décidé.

De toi aussi papa, ouvrier d’usine, travailleur exemplaire qui, aussitôt de retour à la maison, enfilait ta salopette pour filer au jardin, pour réparer la roue d’un vélo, fabriquer nos jouets en bois, peindre une barrière… Chers parents qui ne sont plus là, je profite de cet entracte inattendu pour relire avec nostalgie quelques passages du livre familial. Votre fils François

 

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Sima Dakkus 1 er. Avril 2020

Chère Nadica,

Tu vis une belle histoire en Chine. Je le sais. Tu me l’as écrit. Et c’est parti pour une année.

J’ai eu un coup au cœur lorsque, effrayée, tu m’as lancé un message. On n’avait pas pu se voir avant ton départ. En descendant de ton avion tu remarquas que tout le monde portait un masque. Ton vol était l’un des derniers à pouvoir partir avant la suspension du trafic aérien.

Tu m’as ensuite rassurée, m’as raconté ta découverte de ta nouvelle vie dans une petite ville chinoise. Petite ville habitée par des millions de personnes. Et j’ai pu voir des images lumineuses. En effet, tu travailles sur le thème de la lumière, tout un symbole.

Bilingue totale et spécialiste du bouddhisme, compétences que tu mets à disposition de cette belle aventure.

Mes nouvelles sont bonnes. Je vais bien et goûte chaque instant comme un cadeau immense. C’est mon héritage. Il faut garder et nourrir la flamme. Le virus n’y est pour rien. La vie est pleine de surprise. Il faut l’aimer suffisamment pour préserver la sienne, sa santé et penser à celle des autres.

En revanche, mon pays natal, déjà quotidiennement sous les bombes, dont on sait qu’elles sont aveugles, qui tuent jeunes, vieux, enfants, femmes, des civils sans distinction. L’arrivée de la pandémie a doublé l’insécurité et augmenté les dangers. Des milliers de réfugiés afghans en Iran que l’on ne voulait pas traiter en raison de leur origine ont décidé de rentrer au pays et de braver la guerre.

Au début des années nonante, mes parents ont quitté la vie avec des maladies de l’exil qui dessinent l’horizon du désespoir. En pensant à eux je me dis qu’ils dorment en paix quelque part en Occident et n’assistent pas à l’enfer dans leur pays.

Ma mère disait qu’elle était une citoyenne du monde. Une réalité dont chacun n’a pas conscience. Le virus nous rappelle que nous habitons la même planète.

Je te transmets par cette lettre les énergies porteuses qui font partie de l’écologie humaine. À bientôt sur les ailes des oiseaux qui annoncent le printemps.

Ta tante, Sima

 

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Christine Grobéty-Rapaz 2 avril 2020

Les mots oubliés

Fenêtre ouverte sur le jardin. Pain sur la table. Et toi, debout, tablier bleu, gestes lents, tu étales sur ma tartine le beurre rare et mince comme une feuille de papier saupoudrée de sucre. La saveur de ces instants, uniques, je te la dois.

J’aurais voulu que tu saches ta réconfortante présence à mes côtés, enfant si souvent triste alors. Un enfant, ça a souvent mal pour rien. Toi tu avais mal à ta vie. Blottie dans un silence sans plainte ni larmes. Séparée si tôt de ta mère, orpheline de ton père, exilée dans ce pays de Vaud dont tu ne connaissais ni la langue, ni les montagnes, ni les vignes, ni les gens. Dès lors tu as appris à t’effacer, à laisser place. Ni paraître, ni être. Sans reproches envers ton destin écrit au fusain. Etre là, dans un présent, sans questions.

Parce que la vie c’est comme ça. Pourtant de toi venait ma consolation alors que tu demeurais inconsolée. Moi je me souviens. De tes mots si rares, dont le silence se nourrissait. Un silence qui me parlait des bruits du monde et de ton absence à celui-ci.

Je me souviens de ces longs dimanches avec ce mal de vivre dedans, enfin interrompus contre toi, comme une ponctuation urgente, une lumière apaisante qui se frayait un chemin à travers mes fissures. Tu me permettais de m’approcher de mes rêves, alors que tu n’en avais aucun.

Oh ! Des rêves simples. Des rêves d’enfant qui ne savent rien de la vie que la dureté qu’ils pressentent. Avant que tu ne vacilles, ma grand-maman, ma reine, ma délicate, t’ai-je assez dit combien je t’aimais ? Mais à la fin, le silence, tu ne le racontais plus.

C’est qu’elle avait tout osé avec toi, la vie. Tes mains vides de toute velléité de bataille. Te taire, ne te plaindre de rien, t’effacer, tel fut ton rang. Battue d’avance.

Mon émerveillement aujourd’hui face à la beauté du monde m’élève et me rapproche de toi. Alors je relève la tête. Manière de te consoler à mon tour de ton inguérissable enfance.

Ta petite-fille Christine

 

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Raphaël Aubert 3 avril 2020

D’une guerre à l’autre

Chère Madame, chère Alberte,

Vous me permettrez de vous appeler ainsi ? Par votre prénom. Nous nous connaissons depuis si longtemps déjà ! Lorsque je viens vous rendre visite, bien trop rarement hélas, et que je vous trouve assise dans votre fauteuil, vers la fenêtre qui donne sur le lac et les montagnes en face, durant un court instant, je crois revoir ma mère. Mais ce n’est qu’une impression bien sûr, une image vite effacée. Vous êtes si différente !

Je regrette tellement nos conversations, savez-vous ? Car, vous ne l’ignorez pas, nous n’allons plus nous revoir avant longtemps. Du moins jusqu’à que cette épidémie soit jugulée et que ce mauvais moment soit passé.

Je ne cesse de penser à vous. A ce que vous m’avez raconté la dernière fois. Vos souvenirs de petite fille durant la guerre. Peut-être parce que c’est aussi une sorte de guerre que nous traversons. Ce sentiment d’oppression que vous éprouviez, celui d’une sourde menace, invisible. Et pourtant, tout comme ces jours, avec la nature en pleine gloire et les oiseaux chantant à tue-tête, impossible d’imaginer la tragédie qui se déroulait. Seuls signes visibles de la guerre, me disiez-vous, les soldats gardant les ponts, les terrasses des cafés quasi vides, les routes désertes, quelques rares véhicules seulement les empruntant. Oui, je pense souvent à vous. A votre envie d’alors de traverser le lac. Mais, comme tant d’autres choses, cela aussi vous était interdit et il en va de même pour nous.

En attendant de vous revoir, je conserve l’image de votre sourire derrière lequel je devine la jeune fille que vous étiez. Il m’aide à vive.

Je vous embrasse.

Prenez soin de vous,

Raphaël

 

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Anne Bornand 4 avril 2020

Chère Madame,

Je vous ai aperçue à la salle à manger lorsque je suis venue rendre visite à Hortense, une amie de ma mère.

Mon regard s’est immédiatement porté sur vous : vos yeux gris bleu d’une douceur infinie, vos mains fines aux ongles rouges et votre élégance m’ont fait penser à la grand-mère que je n’ai jamais eue et que j’aurais tant voulu connaître.

Ma grand-mère maternelle est décédée alors que j’avais trois mois et la maman de mon père a décidé de quitter les siens. Papa n’avait que dix ans. Je n’ai pas pu partager avec une aïeule ni mes petits secrets ni l’amour indulgent qu’elle aurait su me donner.

J’ai eu envie vous parler et de vous faire une bise sur vos deux joues rondes. J’aurais aimé me blottir dans vos bras qui m’ont paru si accueillants. Vous portiez une jaquette en mohair rose qui semblait si douce.

Je n’ai pas osé vous déranger. Peut-être n’auriez-vous pas apprécié mon audace … Rentrée chez moi, j’ai regretté ma timidité et j’avais l’intention, lors de ma prochaine visite à Hortense, de vous apporter quelques fleurs.

Malheureusement, à cause d’un vilain virus qui nous menace tous, les portes des maisons de retraites se sont provisoirement fermées. Vous n’avez plus de proche à qui vous confier : un époux disparu peut-être, des enfants ou des petits-enfants… J’imagine votre appartement dans un petit bourg. J’y vois un fauteuil Voltaire aux larges accoudoirs, des fleurs multicolores dans un vase et des photos de famille sur les murs.

On m’a dit que les repas concoctés par Jacques le cuisinier étaient vrai un régal. J’ai goûté sa Forêt-Noire. Un délice chocolaté et crémeux avec juste la tombée de kirsch nécessaire. Laissez-vous dorloter par toutes les gentilles personnes qui s’occupent de vous. Bientôt, le virus aura mis les voiles définitivement. Vous retrouverez alors vos proches et nous ferons connaissance.

Je vous embrasse. Prenez soin de vous !

Anne

 

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Frédérique Mosimann 5 avril 2020

Ma chère grand-maman,

L’autre jour, l’odeur d’un cake au chocolat qui cuisait doucement dans mon four, m’a plongée dans mes souvenirs d’enfance avec nostalgie. Les années ont passé, mais comme on le dit souvent, la mémoire des sens reste intacte. Il est clair que mon cake n’a rien à voir avec les fameux « Mississippi » que nous faisions ensemble, et dont tu avais le secret. Aussi, j’aurais tant aimé partager avec toi ces moments rares et précieux que je me remémore. Il faut dire que nous avons tellement fait d’activités ensemble : les gâteaux, les tresses, les confitures, la couture. Te souviens-tu de ces mètres de tissus que nous avons cousus pour en faire des rideaux pour mon premier appartement ? Et surtout, la préparation des œufs pour les fêtes Pascales. Ces dernières se profilent à l’horizon, mais cette année, elles seront différentes. Tu es née peu après 14-18, a traversé 39-45 et te voilà replongée dans un confinement. Ce qui m’attriste le plus est que nous ne pouvons pas même te rendre visite pour te déposer un petit lapin. Même si c’est pour te protéger, j’espère que tu comprends pourquoi personne ne vient. Toi qui es l’une des résidentes qui reçoit le plus de visite, ça doit être bien long. Aujourd’hui, je t’ai appelée, car j’avais besoin d’entendre ta voix, ancrer nos moments d’insouciance tant aimés, mais aussi pour me rassurer sur ton état de santé. Tu m’as semblé « bien », mais tu m’as confirmé que ce n’était pas facile d’être sans contact avec nous. Malheureusement, tu ne pourras pas lire cette lettre, ta cécité t’en privant, et je souhaite de ton mon cœur qu’une âme bienveillante t’en fera la lecture, car j’en suis convaincue, la douce odeur du chocolat te replongera aussi dans cette période si merveilleuse.

Il me tarde que notre liberté nous soit rendue afin de nous revoir et d’échanger à nouveau, même si ton état de santé ne nous le permet que trop peu. Du plus profond de mon cœur, j’espère que ces quelques lignes t’auront apporté un instant de bonheur, et surtout, que tu pourras quantifier la force de mon amour pour toi.

À très bientôt, ma chère grand-maman, prends soin de toi.

Frédérique

 

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Denise Campiche 6 avril 2020

Ma maman bleue.

Tu es dans ta chambre, seule. Je suis dans mon appartement, seule aussi.

Et le lac est là devant moi. Un lac bleu, comme tes yeux.

De ma fenêtre, je vois cette belle étendue d’eau et je vois aussi l’hôpital, là-haut sur les flancs de la montagne. Ta chambre donne-t-elle sur une vue aussi belle que la mienne ? Le vois-tu ce Léman si attachant ?

Ton regard me manque maman, ma maman bleue, mon océan, ma mer, ma mère …mon grand lac !

J’aimerais être avec toi, mais nous n’en avons pas le droit en ce moment. Tout est prêt ici, pour te recevoir, une chambre pleine de lumière, un fauteuil confortable.

Je t’imagine, calée dans de bons coussins.

Nous pourrions alors parler des heures durant du temps où j’étais gosse, nous raconter les bêtises que j’ai faites volontairement ou pas.

Nous aurions probablement aussi ouvert les boîtes en carton qui contient les photos de mon enfance.

Et nous aurions vu à quel point, dans chaque tranche d’âge, nous nous ressemblons toi et moi.

Sais-tu qu’il m’arrive le matin devant mon miroir de dire à mon reflet : Bonjour mon grand lac, ma maman que j’aime !

L’entends-tu cette petite voix qui te parle ? Ressens-tu à quel point je suis avec toi ?

Ce n’est pas juste, j’aurais du temps pour toi maintenant alors, je t’en prie, accroche-toi, parce que j’ai encore tellement besoin de toi. On a tant de souvenirs à ressortir de nos boîtes à malice. C’est plus doux à deux les retours en arrière ! Les blessures de la vie n’ont pas laissé trop de traces en surface, mais dans nos cœurs, on le sait, toi et moi, il y a de profondes blessures !

Soigne-toi bien maman, et reviens vite.

On mettra du baume sur nos plaies et nous les fermerons avec des baisers pour qu’elles puissent s’envoler.

Sois-sage mon grand lac ! Ensemble, lors de ton retour nous apaiserons nos tempêtes !

Denise

 

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Sabine Dormond 7 avril 2020

Chère Madame,

Au courrier de ce matin, j’ai trouvé une lettre à l’écriture un peu chevrotante. Quel miracle la Poste quand les médias s’en mêlent ! Quand je t’ai écrit mardi pour te parler de ma grand-mère, pour lui parler à travers toi, j’étais à des années lumières de me douter que tu me répondrais. Si vite de surcroît. Toi, je ne te connais guère mieux qu’hier, tu me parles d’elle plus que de toi, mais on a commencé dans le tutoiement, c’est un mode qui ne se rebrousse pas.

Ta réponse est d’autant plus surprenante que je me suis trompée d’adresse et de nom. Par un miracle nommé Manuella Maury, ma lettre est quand même parvenue à tes oreilles. Et tu as immédiatement reconnu celle dont je te parlais.

Tu m’écris pour me donner de ses nouvelles. Des nouvelles forcément pas très fraîches, mais qui lui correspondent si bien. Tu me racontes votre complicité, l’arrêt café de la tournée, au village c’est Gréty qui distribuait le courrier, le goût de la chicorée auquel vous vous étiez si bien acclimatées que vous avez perpétué cet ersatz au sortir de la guerre.

Tes souvenirs enclenchent les miens, à mon tour, j’ai envie de t’en partager un. La fois où elle m’a invité à dîner au buffet de la gare. Elle m’a d’ailleurs transmis ça aussi, l’amour des buffets de gare. On s’est si bien attardées qu’on a raté le bus. J’ai proposé de monter en stop. Deux jeunes n’ont pas tardé à s’arrêter, tout juste l’âge du permis, musique à fond et démarrage en trombe. Crissement de pneu dans les virages. Joint au bec. Freinage d’urgence dans un grand dérapage à l’endroit indiqué.

Je lui ai tenu la porte, un peu inquiète de sa réaction. C’est là qu’elle s’est rendue compte : la serviette du dîner encore accrochée à son pantalon ! Qu’est-ce que les jeunes allaient penser ? On allait la soupçonner de vol ! Il fallait la restituer illico, ça ne pouvait pas attendre. On a donc refait du stop dans l’autre sens.

Je m’arrête là Madame, parce que les signes vont bon train et te quitte avec l’assurance que tes petits-enfants portent aussi pour toujours ces fragments de toi qui font d’eux qui ils sont.

Amitiés

Sabine

 

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Walter Rosselli 8 avril 2020

Évasion féline

Vous souvenez-vous du Nandou et de La Forgeronne ? Contrairement aux autres ménages au village, Le Nandou et La Forgeronne n’avaient pas de bétail de rente. Ils avaient deux chats.

« L’avez-vous déjà vue, l’élégance du félin ? » demandaient-ils à ceux qui s’en étonnaient.

« Peu importe que ce soit un majestueux lion, une panthère bien-aimée des bestiaires ou un léopard méprisé par l’héraldique, un véloce guépard ou un agile jaguar, ocelot ou serval, lynx, puma ou tigre, chat domestique, haret ou sauvage, le félin est un animal élégant et cosmopolite.

Le chat se dore au soleil dans la posture du sphinx et le salon est la vallée du Nil, le désert libyen ou irakien, le chat est baudelairien. Le chat est couché en demi-lune parmi les herbes et le jardin est savane. Le chat est assis en haut d’un bloc et vous voilà dans les Rocheuses. Le chat grimpe rapide au sureau, redescend précipitamment, saute comme un éclair sur le noyer, se calme et s’installe sur une branche, la patte avant et la queue qui pendouillent, et vous êtes en Amazonie. Il fait l’équilibriste sur la pergola, lime ses griffes sur les lattes en bois et vous êtes chez vous.

Et le chat assis comme une statue égyptienne aux pieds d’une haie, devant une plate-bande ou au bord d’un fossé ? Il guette certainement une souris ou un lézard, tu as beau l’appeler, il ne quitte pas sa proie des yeux. Puis il danse sur les pointes, fait le dos rond et pique un saut. Le chat devient renard. Le félin est momentanément canidé, mais pas n’importe lequel. Collodi y a certainement pensé. »

Les chats du Nandou et de La Forgeronne étaient de la vraie race des chats de gouttière aux croisements solides et imprévisibles qui les rend sains et robustes. Un chat de gouttière suffit, pour faire entrer le monde chez vous. Et pour Le Nandou et La Forgeronne, c’était ça ce qui comptait.

Walter

 

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Jo Pellet 9 avril 2020

Servus Peter, mon cher aîné,

Oui, je sais, ce n’est guère que d’une seule année, mais tu n’en es pas moins mon aîné et cher à mon coeur.

On m’a dit que tu étais dans ce Seniorenheim mais je peine à y croire. Je te verrais plutôt confiné dans ton fief de Styrie. A moins que tes angoisses et ton sentiment d’insécurité chroniques t’aient contraint à te réfugier dans cette résidence distinguée pour psychiatre sur le déclin ?

J’en doute quand même, surtout quand je pense à nos retrouvailles d’il y a cinq ans.

Nous étions alors l’un et l’autre encore fort verts et prêts à toutes les folies… Plus de 50 ans nous séparaient de notre seule et unique rencontre, lors d’un échange linguistique, et il avait suffi d’une lettre – la mienne, que je t’avais promise un demi-siècle plus tôt – pour que le phénix renaisse de ses cendres, se déploie et flamboie ! D’abord pendant trois semaines d’échanges téléphoniques et épistolaires quotidiens… Ensuite lors de ces quatre jours hors du temps au Elisabethpark, cet hôtel décadent où nous nous sommes aimés comme des adolescents.

Puis le retour à la raison, au confort, aux habitudes… Enfin la chute, la fin… qui sonnait comme le mot faim (j’ai emprunté l’expression à Corinna Bille !). L’oiseau de feu avait raté son virage et s’était fracassé dans le mur. Mais n’en parlons plus, nous savons tous les deux aujourd’hui que le passé est du passé et ne se vit qu’une fois, nicht wahr ?

Par contre, je tiens à ce que tu saches que j’ai fini par comprendre, après une phase de douleur et désespoir, que ce n’était pas toi que je pleurais mais notre jeunesse perdue. Alors que ce premier amour retrouvé nous avait fait bercer l’illusion que nous pouvions tout recommencer et reprendre la relation là où nous l’avions interrompue jadis.

Mais maintenant que l’eau est redevenue calme, vas-tu enfin rompre ton silence ? Ne pourrions-nous pas à nouveau nous parler et nous écrire et ainsi pouvoir traverser le Styx le cœur plus léger ?

Ta Pénélope

 

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Nétonon Noël 10 avril 2020

Chère Gigi,

Je t’ai entendue évoquer tes crises d’angoisse sur les ondes, et j’en ai été bouleversé.

Le peu que tu as laissé filtrer de ta vie me donne une pâle idée de l’étendue de ta solitude à l’heure où un terrible fléau décime les hommes.

Tu as vu le jour dans une famille aisée. Tu avais tout à portée d’envie pour croquer la vie à belles dents au bord du lac Léman. Mais, à la fleur de l’âge, tu as attrapé ce singulier virus qui pousse à s’ouvrir aux autres et à l’ailleurs. Tu es allée en Afrique soulager le monde d’un rien de sa misère. Par devoir d’humanité ? Non, par humanisme tout court. Tu estimes encore aujourd’hui que cette planète, déjà déséquilibrée, tourne à l’envers du bon sens.

Les années ont passé. Tu as permis à nombre de jeunes défavorisés de s’en sortir sur place. Cependant, les défis à relever n’ont de cesse de se renouveler. Or sous les tropiques, l’espérance de vie plafonne à 40 ans. Et te voilà presque rendue au double de cette « longévité ». Alors tu es rentrée au bercail. Tu as troqué les repas partagés à plusieurs contre les casse-croûtes en tête-à-tête avec ta télé, sans pour autant décrocher des divers projets que tu soutiens là-bas.

Alors je doute que tu t’angoisses pour toi-même. Cela te ressemble si peu. Au fait, ne te tourmenterais-tu pas plutôt pour cette multitude de filleuls et d’amis que tu as laissés là-bas, ces gens que le feu de la pandémie à l’œuvre éclaire d’une lueur de mauvais augure ? Tu te dis : si la calamité tue tant dans le Nord mieux équipé, qu’en sera-t-il dans le Sud si démuni ?

L’astuce pour attraper le sommeil, c’est de compter les moutons. Pour échapper à l’angoisse, il ne serait pas vain de passer en revue les meilleurs fous rires dont la vie nous ait fait grâce. Ce n’est pas une recette de marabout à court d’idée, mais de grand-mère. Je la tiens d’une aïeule de bonne foi. Ça ne te coûtera qu’un sourire d’essayer.

Je t’assure de toute ma sollicitude.

Cordialement,

Nétonon Noël

 

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Doris Strano 11 avril 2020

Lettre à ma grand-mère

Il m’est un souvenir vif, celui de ton regard fixant le paysage à travers la fenêtre de la clinique où tu te reposais en convalescence, la tête reposant à demi-penchée sur ton épaule.
Un regard qui dépassait la plus haute cime des arbres, suspendu à l’immensité de l’horizon, intemporel, un brin nostalgique d’une vie trop vite passée que tu désirais prolonger, ne serait-ce pour ne pas abandonner ton chat, pour ne pas laisser assécher les fleurs et pour admirer tout simplement la beauté des instants les plus simples dont tu prenais le plus grand soin.
Assise sur le rebord du lit blanc, les bras recouverts de bleus, tu te replongeais dans tes souvenirs de jeunesse et je te regardais, silencieuse, conservant dans ma mémoire des petites perles d’une petite-fille ne retenant que l’essentiel de nos échanges égrainés depuis l’enfance. Tes genoux et toutes tes articulations usées par le temps, douloureuses, te retenaient sur une chaise, et tu n’avais plus nulle part où aller que dans la contemplation, un demi-sourire figé sur ton visage éclairé par le levé du jour.
Retenue au fil éthérique de ton histoire, il n’y avait dans cet espace, plus aucun mystère et plus une once de rancune. Car plongée au cœur de toi-même et de la création, tu refaisais le monde tel qu’il serait lorsqu’il serait habité de paix.
Ainsi projetée par un sursaut d’énergie, tu brisas ce moment où je te savais sage, la voix adoucie, patiente et à l’écoute, les yeux mi-clos, rassurante et paisible.
Et je te vois émue d’avoir accompli malgré la traversée des tempêtes, un miraculeux destin.
Et tandis que tu caresses à nouveau le chat, je te souris et du comprends déjà, que nous sommes liées dans l’absolu pour l’éternité. Qu’importe les mots et la distance, je serai toujours auprès de toi, mon ange-gardien, car des signes me sont déjà envoyés, et qui semblent provenir de toi.

A toi Doris I,
ta petite fille Doris II.

 

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Publié dans les «24 heures» du 11 avril 2020

Gil Pidoux

A vous confinés de tous âges,

Jamais portes ni fenêtres n’ont eu autant d’importance, n’ont si bien clos un espace que le temps nous permets de redécouvrir, voire de réinventer.
Ces tableaux, ces photos, ces objets dont nous avions trop l’habitude, parce qu’enfin nous les regardons un peu mieux, nous regardent à leurs tours, nous font signe.
Cette porte, qui est le mouvement de l’ouvert et du fermé, s’ouvre d’un autre geste pour nous offrir la liberté, se ferme d’autre façon pour nous protéger.
Bien que n’étant que locataire, la porte est plus que jamais notre porte, la carte de visite de notre identité, le rabat de couverture du livre de notre intimité.
Quand un voisin y frappe, ou qu’il fait grésiller le sésame de la sonnette et que nous lui ouvrons, nous le découvrons plein cadre comme un humain peint de la couleur vivante de la solidarité.
Rendre service ne nous a jamais paru geste aussi inestimable. C’est l’acte d’une liberté qui a su faire le pas sans pause et justifie la gratuité de cette liberté.
Si nous ne pouvons serrer la main de ce voisin, de ce proche, de cet ami, notre regard peut se permettre de cerner sa silhouette, ses traits, son propre regard.
Il y a, il peut y avoir dans cet échange un petit retour de flamme d’une certaine innocence, en tous cas d’une heureuse connivence.
Et ces visages, derrière leurs fenêtres, s’ils restent des énigmes, sont tout comme les nôtres, les signes précieux de l’éphémère que nous partageons tous, même sans mots.
Elles s’ouvrent, ces fenêtres, sur le délicieux printemps, comme les petites portes d’un calendrier de l’avent, sur les promesses d’un renouveau attendu par tous.

Bien à vous tous Gil Pidoux

www.24heures.ch Chaque samedi

 

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Nadine Richon 13 avril 2020

Même pas peur

Cher ami,

Toi qui me précèdes d’une génération dans ce « grand âge » fragile et menacé en ce moment par une lèpre invisible qui paralyse le monde entier, je ne veux pas te parler comme à un vieux avec des mots trop gentils pour être francs. Tu n’es pas un enfant… Je ne te connais pas, mais je m’adresse à toi depuis mon propre confinement : la période est mauvaise, elle nous prive de la nature et des autres ; ceux qui sont encore dans la rue ne se regardent plus, ils foncent, et même les plus optimistes en viennent à raser les murs, tiens l’autre jour je courais dans un bois et j’ai croisé une amie venue marcher, elle m’a paru aussi gênée que moi, comme si sortir une demi-heure sans raison contraignante était devenu un plaisir honteux.
J’espère que tu peux encore le faire sans t’attirer des regards suspicieux car marcher me semble être un droit humain élémentaire, que nous exerçons si peu durant notre vie laborieuse, alors total respect pour les retraités qui marchent ! Quand j’ai appris que le canton d’Uri voulait confiner entièrement les hommes et les femmes dès 65 ans, je me suis sentie mal pour vous et pour moi car un jour pas si lointain j’aurai rejoint ce rivage dont j’espère qu’il me sera doux.
Je ne te connais pas mais en prenant la plume j’ai voulu t’imaginer octogénaire et heureux, en bonne santé, mobile, ancien sportif qui aurait conservé ce goût de bouger, que dis-je, cette nécessité pour ne pas tomber de fatigue mais, au contraire, secouer chaque jour le fardeau des ans. J’admire ta persévérance et entends devenir bientôt aussi active que toi. Tu n’as pas besoin de me dire ton secret, je le connais : tu n’as même pas peur.
Alors depuis mon appartement je t’embrasse en pensées, je t’espère joyeux malgré cette situation d’isolement qui n’était déjà que trop souvent le lot des personnes âgées et qui, maintenant, est notre peine universelle. Je pense à toi comme jamais, mon ami, je t’aime.

Nadine

 

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Jean-Luc Chaubert 14 avril 2020

Chère Anne-Lise et Cher Fernand, Chère Marilyse et Cher Armand,

Certes les cargos sont à quai
Mille wagons paralysés
Nos peurs et nos fragilités
hantent les places désertées

Certes la mort est aux aguets
son stylet viral dans la manche
mais les merles égaient les haies
où jouent bourdons et pervenches

Le colvert se laisse porter
par l’onde du ruisseau chantant
l’homme en ses doutes confiné
veut croire aux desseins du printemps

Mais dans les chambres closes on lit
les livres jusque-là fermés
aux rêves fous, aux utopies
pour des jours à imaginer

La poésie court librement
hors prison, hors confinement
avec son chant à travers champ
envolons-nous pour quelques temps…

Bien à vous cordialement
Jean-Luc

 

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Fawzi Mellah 15 avril 2020

Pourquoi les oiseaux chantent ?

Ma sœur chérie,

Tu me demandes de te raconter un des meilleurs souvenirs d’enfance que j’ai eu avec toi.

Il y en a tellement ! Mais le plus intense – celui qui m’a le plus marqué – reste cette discussion passionnée qui nous avait opposés pendant des heures sur un de ces sujets que seuls les enfants peuvent imaginer :

– Pourquoi les oiseaux chantent ?

Bêtement, je t’avais répondu que les oiseaux chantaient tout simplement parce qu’ils étaient heureux. Jugeant mon explication un peu trop simple – il est vrai que tu étais un peu plus âgée et, surtout, beaucoup plus fine que moi. Tu m’avais regardé d’un air apitoyé pour me lancer une de ces tirades dont je me souviens encore :

– Non, frérot, m’avais-tu dit, les oiseaux ne chantent pas parce qu’ils sont heureux; c’est plus subtil : ils sont heureux parce qu’ils chantent…

A l’époque, ma sœur chérie, je n’avais pas compris ton raisonnement; je pensais que tu voulais simplement inverser ma phrase juste pour paraître plus maline que moi. Mais aujourd’hui, avec le temps et l’expérience, je réalise que tu avais raison : lorsqu’on est heureux, on n’a pas besoin de chanter ; on n’a qu’à couver son bonheur… En revanche, lorsque la vie nous paraît lourde, il suffit de chanter pour que, peu à peu, subrepticement, le bonheur entre en nous. Oui, ma grande soeur adorée, c’était une belle leçon de vie que tu me donnais. On ne chante pas parce qu’on est heureux, on est heureux parce qu’on chante…

Fawzi, ton petit frère qui t’aime

 

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Ode Billard 16 avril 2020

À vous, Gilbert,

À l’orée des fêtes de Pâques, vous qui allez fêter votre nonante-troisième anniversaire, vous qui avez traversé la guerre militaire, vous auriez sans doute espéré ne pas vivre une autre guerre, surtout une guerre d’un genre incompréhensible, qui ne fait aucun bruit mais qui sournoisement vous bloque à la maison.

À la maison où vous , qui tel un vrai globe-trotter, vous êtes toujours prêt à en sortir.

À en sortir pour une petite maraude soit en campagne soit en ville. En ville surtout, chaque jour pour y boire un petit café, que vous aimez tant, surtout lorsqu’il vous ait servi dans un joli tea-room où vous êtes reçu comme un prince, car tout le monde vous connaît , vous respecte et même plus, vous aime !

Car en effet, tant les personnes qui vous servent, que celles qui fréquentent les lieux, toutes et tous vous connaissent ou reconnaissent, car vous avez le sens de la communication juste, soit avec humour, soit avec sévérité si le sujet vous paraît absurde.

Et, voilà ! Qu’un virus prêt à vous bondir dessus, vous oblige à « Rester à la maison » !…

C’est contre votre nature, et je regrette beaucoup cet état de fait qui s’avère pour vous une sorte d’emprisonnement, car vous seriez si durement réprimandé s’il vous arrivait d’en sortir…

C’est ainsi que je vous encourage à vous laisser servir à domicile, apporter de quoi cuisiner de bons petits plats, même faire des confitures, comme vous savez si bien les faire, de lire vos journaux préférés et d’allumer la télévision pour regarder le monde à travers eux, en attendant de le retrouver dans les rues de Lausanne.

Et, peut-être que chaque jeudi, vous retrouverez celle qui recherchait pour vous là où vous les aviez fait déposer vos provisions hebdomadaires, toujours pleines d’inventivités, de découvertes et de recherches sensibles pour faire plaisir à votre entourage, de menus cadeaux ou plus conséquents, sans en oublier un seul.

Avec amitié

Ode

 

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Catherine Gaillard-Sarron 17 avril 2020

Maman soleil

Sur les chemins venteux où je vais solitaire, fuyant l’appartement et le covid19, mes souvenirs affluent et réchauffent mon cœur. Je pense à toi, maman, à ce lien invisible qui au-delà du temps nous relie l’une à l’autre en dépit de l’absence.
Je marche et je contemple sur l’horizon rougi le soleil embraser la chaîne du Jura, ce fascinant spectacle qui sans fin se répète et apaise mon âme quand la peur la tenaille. Je pense à toi, à ce temps élastique qui s’étire sans fin, ce temps où tu n’es plus mais où tu vis quand même. Je revois ton sourire au détour d’un chemin, ton regard amusé dans le creux d’un nuage. Un oiseau qui s’envole, une biche étonnée, tout me ramène à toi dans le soir qui descend, élargissant l’espace où baigne mon esprit.
Le temps n’existe pas et le néant non plus, ta présence demeure au cœur des souvenirs me reliant à toi qui me relies au Tout. Un Tout fait d’espérance, d’amour et de pensée qui console et rassure quand le soleil s’éteint.
Je contemple le ciel aux éclats rougeoyants et je souris sereine devant ce grand mystère, car pareil au soleil qui meurt à l’horizon, illuminant les cieux de ses derniers rayons, ton amour est lumière et éclaire mon cœur. Le soleil ne disparaît pas, maman, il se lève simplement ailleurs et l’amour ne meurt pas, il rayonne simplement autrement. Pareil au soleil qui brille malgré les ténèbres, ton amour resplendit en moi malgré l’absence.
L’amour ne peut mourir, il est immortel. Alors, je comprends, maman, que tu es toujours là, que tu ne disparaîtras jamais, que même si je ne te vois plus, même si je ne t’entends plus, comme le soleil, tu brilles simplement ailleurs et autrement, et que pareil au soleil qui meurt et puis renaît, l’amour est un phénix qui transcende la mort et emplit chaque jour mon cœur de ta lumière.
Sur les sentiers déserts où s’allongent les ombres, ton souvenir m’apaise et réchauffe mon cœur. Au-delà de l’absence et du covid19, tu es maman soleil mon guide dans la nuit, éclairant ce chemin ou je vais solitaire d’un amour rayonnant à jamais éternel.

Cathy, ta fille qui ne t’oublie pas

 

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Dans 24Heures du 18 avril 2020 : Olivier Chappuis

Médecin de son plein gré

«Papa, où serais-tu aujourd’hui, à l’aube de tes 80 ans? Au travail sans doute, vu les circonstances, même si tu n’étais pas virologue. Un médecin, ça prend sa retraite que contraint et forcé. Tu n’aurais pas fait exception. La chirurgie était ta passion, ta vocation, ton souffle. Tu vivais la médecine, tu la respirais. Tu en aurais fait une épopée si la calanche ne s’était pas interposée.

Ces temps, tu rates quelque chose. D’un point de vue médical déjà. Une si petite chose, au nom si étrange, qui grippe toute une humanité. Déconcertant, n’est-ce pas? Dire qu’un si frêle virus est en train de coincer les rouages du capitalisme. De confiner trois milliards d’individus. De terrasser une économie autosatisfaite. Ce que nous vivons est exactement ce que tu redoutais, mais aussi la raison de ton engagement. Ce virus est un évident dommage collatéral à notre mode de vie contre lequel tu pestais il y a trente ans déjà. Fric, pollution, exploitation, individualisme… Toi, tu réparais, tu recollais les morceaux, tu suturais, tu apaisais. Tu désirais la fraternité. L’échange. L’amour.

Maman pense à toi! Elle me l’a dit l’autre jour. Le confinement ne change pas grand-chose pour elle qui ne sort plus beaucoup. Voilà des semaines, des mois que ses hanches, son dos et qu’une partie de sa mécanique la privent de moyennes et longues sorties. Mais elle sait que toi, tu ne tiendrais pas en place. Elle me l’a dit en époussetant le cadre et la photo qui trônent sur sa table de nuit. Ton visage barbu, l’air pensif. Celui que tu portais sur le monde. Maman prend soin de toi! Et si tu es l’homme de sa vie, tu es sans conteste aussi celui de la mienne. Je ne peux m’empêcher de penser à toi en ces jours où la maladie s’attaque à nous, toi qui en as combattu une chronique jusqu’au bout, et je dédie cette lettre à tous ceux qui la combattent aussi maintenant.»

www.24heures.ch Chaque samedi

 

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Imad Ikhouane 20 avril 2020

Papa,

J’aimerais rebondir sur quelques points de ta lettre. Je comprends que Mathilde te plaise, au point que tu veuilles renverser de ta chaise roulante sur Roger qui ne la lâche pas. Mais je t’en prie, n’en fais rien. Il lui offre des roses ? C’est son droit, tu ne crois pas ?
Entre autres amabilités, tu m’as dit que le chocolat que je t’ai apporté était infect, que le chat qui en a tâté est tombé malade. C’est du chocolat de chez Blondel ! Celui que tu préfères, et arrête de vouloir empoisonner le chat du cuisinier.
Je vais moi aussi vider mon sac dans cette lettre. Papa, je n’ai jamais aimé quand tu me lançais en l’air et que tu me rattrapais à la dernière minute, non, ça ne faisait rire que toi. Pas plus que je n’aimais quand tu m’emmenais à la forêt et tu faisais semblant de t’enfuir en m’abandonnant. Tu m’as pourri mon adolescence en racontant à toutes les filles qui me plaisaient que j’en avais une petite et que c’était familial, tu m’as fait virer de mon premier poste en traitant mon directeur d’esclavagiste, mais le pire arriva lorsque j’ai eu mes enfants.
Tu les as aimés, comme tu m’as aimé, tu les as jetés en l’air en les rattrapant au dernier moment et ça les mettait dans une joie folle. Mais ce qu’ils adoraient par-dessus tout, c’est quand tu faisais mine de les abandonner dans la forêt et qu’ils couraient après toi en hurlant de rire. Je me rappelle la fois où tu leur as raconté comment on s’est rencontré avec ma chérie :
— Ils étaient là, et ils n’osaient pas l’ouvrir! J’ai dit alors à vot’mère qu’il en a une qu’est toute petite. Quand j’les ai laissés, ça rigolait en s’tenant les mains.
Tu ne leur as pas dit comment tu m’as appris de ne jamais me laisser marcher sur les pieds fut-ce par un supérieur hiérarchique ni comment…
Il y a mille choses encore. Comment te rendre ton dû ? Je t’aime ! Je t’apporterai du chocolat Blondel que tu aimes malgré tes protestations, et des roses pour Mathilde.

Ton fils, Imad

 

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Catherine May 21 avril 2020

Ma très chère amie,

Comment allez-vous ?
Cela fait bien longtemps… pourtant le souvenir est encore vif de ces vacances que nous avons passées ensemble, sur votre île baignée de soleil et de mer. J’aimerais tant y retourner avec vous !
Nous nous mettrions en chemin à la fin de l’après-midi, tout comme avant, quand les ombres s’allongent et que la canicule desserre son étau.
Nous n’emprunterions plus l’escalier vertigineux qui piquait droit sur l’eau scintillante du port – combien de marches avait-il déjà ? Cent trois, si ma mémoire est bonne. Non, maintenant, nous ferions le tour, sagement, par la grand-rue aux dalles polies par les siècles.
Nous passerions d’abord devant la vieille église et son baptistère millénaire. Le curé serait peut-être là sur le porche, la cigarette au bec, nous adressant un gentil salut. Nous le lui rendrions, plus courtoisement que quand nous étions jeunes, où nous nous contentions de passer devant lui en gloussant.
Puis nous longerions les maisons aux volets fermés pour garder une illusoire fraîcheur, attrapant au vol les voix trop fortes d’une télévision, des bruits de vaisselle. La vie, à l’abri des persiennes.
Au grand virage, nous ferions une pause sur le muret où nous nous sommes assises si souvent, attendant les garçons qui revenaient avec leurs pères de leurs lopins arides.
Puis nous reprendrions notre route, cahin-caha, jusqu’à l’endroit où elle rejoint la rive, et regarderions les barques se balancer doucement. Pour un peu, nos têtes se mettraient à dodeliner au même rythme.
Enfin, le petit bar de rien serait là. Tout juste à l’ombre : une chance. Nous nous assiérions doucement, riant de nos articulations grinçantes, et commanderions une bière, exactement comme à l’époque.
Oh ma chère amie, comme j’aimerais faire cela avec vous ! Soyons folles, qu’en dites-vous ? Allons-y !
Je vous embrasse très affectueusement.
Et santé !

Eugénie, votre amie de toujours

 

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Bruno Mercier 22 avril 2020

Ma chère Georgette,

Permettez-vous que je vous appelle ainsi ? Je vous ai rencontré deux ou trois fois, lorsque ma femme était aide-ménagère à votre service. Vous étiez encore domiciliée à Pully. Ma femme Corinne m’a souvent parlé de vous. Elle n’ose vous écrire aujourd’hui, craignant que vous ne soyez plus en vie. Nous aurions dû prendre de vos nouvelles avant ce satané virus. Moi, je prends le parti que vous êtes bien vivante. Vous vous rappelez quand je vous ai accompagné avec ma femme en voiture, puis avec le tintébin, pour boire un café au Major-Davel ? Et quand elle rapportait des catalogues de graines Mauser ? Elle découpait avec vous dans le magasine des arbres, des massifs de fleurs, des plantes colorées pour composer un jardin personnel sur une feuille de papier d’ordinateur ? Et quand elle avait acheté un petit fer à repasser de bricolage pour faire fondre des bâtons de couleur sur une feuille blanche, vous faisiez des tableaux surréalistes, avec du mouvement et toute la force de votre enthousiasme !
Je sais que cela peut paraître cruel d’évoquer ces bons moments alors que vous êtes tous enfermés derrière ces barreaux de prison que le virus a posé devant vous. Vous avez aussi tellement de choses à nous raconter, vous aussi, vous et tous les autres pensionnaires. Vos histoires de guerre mondiale à Paris, Berlin ou Moscou, de camps, de pénuries alimentaires, de grippe espagnole, de vie coloniale en Afrique du Nord, au Vietnam ou en Indonésie… Si seulement vous pouviez nous les raconter, à travers le micro d’un enregistreur portable, ou d’un téléphone mobile ! Ainsi, comme autrefois lors de veillées autour d’un feu de cheminée, nous pourrions découvrir d’extraordinaires destins, le vôtre. Peut-être devrons-nous patienter que ce virus royal qui porte la couronne hisse le drapeau blanc du vaincu !
Voilà ma chère Georgette, je suis heureux de vous avoir fait vivre ou revivre quelques émotions, sachez que l’on pense à vous, ma femme et moi, ainsi qu’à tous les autres résidents.
Courage, vous êtes bien entourés par du personnel soignant, aimant, que l’on applaudit au balcon chaque soir à vingt-et-une heure. En espérant que cette lettre vous parviendra, j’ai une pensée émue pour les factrices et facteurs qui nous relient. Nous vous embrassons tendrement.

Bruno

 

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Francis Antoine Niquille 23 avril 2020

Maman je t’aime

Quand je suis passé l’autre jour, je n’ai pas voulu te déranger. On faisait ta toilette à ce que la dame du foyer m’a dit. Ce foyer où tu as voulu finir tes vieux jours, comme tu disais, où tu es arrivée, en forme, désireuse de donner des coups de main à la cuisine ou à la couture, toi qui a, toute ta vie voulu aider les autres. Et puis le temps a passé…un jour, tu t’es retrouvée au fond du lit avec le col du fémur fracturé. Un vilaine chute, m’a-t-on raconté. On a commencé à te soigner, à te chouchouter pour que tu ne sentes plus les douleurs d’une plaie mal refermée, d’un os bizarrement rafistolé. Et puis ton visage a commencé à se fermer. A chaque visite que je te faisais, je sentais que tu étais toujours un peu plus sur une autre planète.

Aujourd’hui, c’est la première fois que je t’écris une vraie lettre. Avec papa, quand on s’écrivait c’est que le dialogue était rompu, que nous nous étions disputés. A toi, j’osais te confier mes peines et mes joies, même si je ne te disais pas toute la vérité. C’est toi qui m’avais enseigné que « la vérité est pas toujours bonne à dire ». Un jour, j’avais fait ton portrait dans un journal et tu m’avais parlé de tes angoisses de petite fille en 1939. Du haut de tes 9 ans, tu devais pouponner les plus jeunes de tes frères et sœurs, la dernière surtout, née cette année-là. Huitante ans plus tard, cette angoisse des années de guerre est revenue avec ce machin dont on parle partout.

Depuis ma première course d’école en 59 jusqu’à mes derniers voyages, je t’ai toujours envoyé une carte postale. Tu aimais recevoir ces cartes et tu me disais «comme on n’a pas beaucoup voyagé avec papa », c’est ma façon de voyager.

De toi j’ai hérité le goût de la lecture et l’amour des gens. Merci maman pour ce noble héritage.

Au fait, on ne s’est jamais dit « je t’aime ». Ni toi, ni moi. Ça se faisait peut-être pas de notre temps. Le temps s’égrène, maman. Fais de doux rêves. Et profite de saluer papa si tu le croises. Je t’aime.

Francis Antoine

 

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Hélène Dormond 24 avril 2020

Cher Grap’s,

De derrière mes fenêtres, je vois le printemps germer. De jeunes rameaux poussent, promesses d’une nouvelle cuvée.

Quel drôle de sobriquet, Grap’s. Il pourrait t’être venu de ton soin pour la vigne, ce lopin que tu choyais. Grap’s, comme une grappe, bien sûr, mais aussi comme le claquement de langue qui ponctue une gorgée de chasselas.

Pourtant, tu n’as pas la rondeur de ces grains dorés. Ton physique tiendrait plus du profil du sarment. Peu importe, d’ailleurs, puisque ce n’est pas la raison de ce surnom.

Grap’s c’est le pendant de Gram’s. C’est ainsi qu’on l’appelle, notre tornade de grand-mère. Tu es aussi silencieux qu’elle est tonitruante, réservé qu’elle est expansive, modéré qu’elle est farfelue. Alors qu’elle chante et batoille, fait rouler les r de son accent bernois et tinter les couvercles de ses casseroles, toi, dans ton fauteuil près du poêle, tu lâches parfois un « bof ».

C’est Gram’s qui te raconte. Elle aime me montrer une vieille photo de vous. Deux jeunes gens serrés l’un contre l’autre devant leur maison de pierre. Elle se rappelle volontiers votre rencontre, l’évidence que tu avais énoncée ce jour-là, l’annonce à tes amis que tu leur présentais ta moitié.

Ça a été le cas, pour une moitié de vie. Le reste du chemin, elle l’a parcouru seule. Je suis depuis toujours orpheline de grand-père.

Sur l’autre photo de toi, Grap’s, tu es assis sur un muret. Au soleil d’octobre, tu pique-niques dans ta vigne. Me reste le regret d’avoir foulé son sol alors que tu l’avais quitté.

À cinquante ans de là, de nouveaux rameaux sortent. Le souvenir de Gram’s éclaire mon enfance avec la générosité d’une pleine lune. Toi, tu en es la face cachée.

Le temps de ces lignes, Cher Grap’s, j’ai cru te rencontrer

Hélène

 

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Pascal Houmard 25 avril 2020

Chère maman,

Tu ne supportes pas que je te demande comment ça va, tu veux toujours savoir ce qui m’arrive, eh bien, là, tu vas être servie : je ne vais parler que de moi. Le fait est que, pas plus tard qu’hier, on m’a demandé ce que je faisais dans la vie : était-ce par pure curiosité ? Pour occuper un silence ? Ou parce que, de nos jours, il faut tout obtenir tout de suite ? Alors, moi, j’ai marqué un temps d’arrêt. Pas pour mettre mal à l’aise ni me donner un genre. Pour casser l’automatisme des banalités. La première question posée à un inconnu, c’est comme la première poignée de mains : un infime détail tout à fait essentiel. Par ailleurs, la façon d’occuper sa vie, n’est-ce pas, somme toute, un sujet de réelle importance ? Ce silence des lèvres me fait aussi apprécier un autre niveau de langage, celui des mimiques, des gestes, des postures, et je m’amuse, l’espace d’un instant, à jouer le profiler. Tu sais ce que c’est, un profiler, hein, maman ? Tu as déjà entendu parler de ces spécialistes formés pour établir les profils psychologiques des criminels, non ? Ne t’inquiète pas, mon interlocuteur n’était pas pour autant un assassin ; s’il y avait un tueur dans l’histoire, c’était moi, qui tuais l’ambiance… Comme, dans cet intervalle de silence, l’autre n’avait pas inventé une occupation à ma place, j’ai répliqué : – Et vous, vous me verriez faire quoi dans la vie ? – Euh… Vous ne seriez pas un peu obstétricien, non ? Si j’en crois mon expérience, quand l’autre joue mon petit jeu, la réponse vient assez vite, et souvent assez juste. Ainsi, j’étais un peu renseigné sur la représentation que l’autre se faisait de moi, et ça aussi, c’est intéressant. À l’automatisme des codes sociaux avait succédé l’implication interpersonnelle. Un contact humain mérite bien ce minimum d’investissement, non ? Je t’écris bien vite. Après tout, c’est la moindre des choses pour un écrivain…

Ton fiston
Pascal

 

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5 auteur·e·s publié·e·s dans les «24 heures» du 25 avril 2020

Olivier Sillig

«Chère Miq,

Un jour, quand je serai vieux, je me désabonnerai des bulletins météorologiques et des feuilles d’analyse économique. Je libérerai mon vieux cheval et j’irai casser ma grande épée sur le bloc de granit du jardin. Sous un tas de cailloux, j’enterrerai mes rancœurs et ma hargne. Alors je prendrai ma vieille chaise en paille, ou mon fauteuil en rotin, et je le déplacerai au rythme du soleil. J’y resterai assis, mon vieux regard tourné au-dedans. Je me plongerai vers des belles choses de ma vie, celles dont me reviendra le souvenir et que j’aurai plaisir à revisiter. Le jour où, à la porte de la caverne, quand la pluie a enfin cessé, les silex ont séché et où nous avons pu à nouveau griller la viande. Le jour où, la guerre finie, faute de blessés, nous avons fermé l’hôpital. Le jour de printemps où tout le village est descendu au fleuve avec les cendres, les cordes et les pics de bois, faire la lessive de l’hiver. Le jour où le petit biplan à croix rouge a survolé un troupeau de girafes avant que les enfants malades nous accueillent en dansant. Le jour où, dans l’alpage, j’ai joué à saute-caca par-dessus les bouses de vache avec ma gamine qui marchait depuis peu. Et d’autres souvenirs que j’ignorerai encore connaître.

Je n’attendrai pas que quelque princesse se déroute pour saluer ma couronne, une couronne d’or filasse et dégarnie. Et je saurai les crapauds trop vigoureux pour que j’essaie de les attraper afin de tester le sort de leurs baisers.

Mais si d’aventure quelqu’un, attiré par le soleil, par l’impression que sa lumière adhère à mon siège, veut partager sa chaleur, alors, timidement, à mots comptés, je lui raconterai ces bribes de souvenir. Il se peut que mon hôte de passage remarque alors au fond de mon vieux regard usé une lueur nouvelle, un instant, attrayante. Et si une fois, revenant, le visiteur me trouve les yeux fermés, il devinera alors que je serai parti sur le chemin de mes rêves.
Je t’embrasse,
Olivier

 

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Christine Grobéty-Rapaz

De l’autre côté de la fenêtre, un monde. Sans nous dedans. De l’autre côté de la fenêtre, les heures qui passent, autrement. Autrement qu’hier, autrement pour toi, autrement pour moi. Seul le soleil continue de passer «comme avant», qui nous dit que le temps passe. «Comme avant». Et nous, passons-nous du temps à le regarder passer? De l’autre côté de la fenêtre.

Moi je contemple l’aube et je bénis cette heure où le jour se tait dès le lever. Où le soleil ombre le silence qui ne s’éclipse pas, ni ne se dérobe plus. Loin des bruits du monde. À défaut de te rendre visite, maman, je t’écris.

Toi tu regardes de l’autre côté de la fenêtre et tu te dis que le jardin pousse la vie hors de terre sans t’attendre. Tu te sens inutile tout à coup. Mais la terre ne t’oublie pas maman. Elle se souvient de tes mains, de tes empreintes, de tes pas. De tes soins au jardin. Au petit matin, tu déchiffres la connivence entre la terre et la nuit, à travers la rosée apparue et que le soleil boira sans hâte. Comme tes larmes que tu ne verses pas.

De l’autre côté de la fenêtre, le tilleul effleure la vitre, les forsythias proclament leur abondance en or, les prés enneigés de pâquerettes jubilent de n’être pas foulés.

Pourtant, tu crains cette heure où le jour se tait dès le lever. Où ta solitude ombre le silence. Envahissant. Presque lourd maintenant. Loin des pas dans le couloir qu’on entend venir avec la joie dedans qui se rapproche, loin de la terre qui fleure le printemps sans toi dedans, loin des tiens qui te rendaient vivante en te rendant visite. Et qui ôtent de la joie à ta vie maintenant que cette absence est si présente. Subitement, l’absence, elle prend toute la place.

Mais rappelle-toi, maman, ce jardin sans toi ne serait pas. Il te ressemble, en cela qu’il est vivant, riche, généreux. Le ciel est vaste qui vous regarde, tous les deux, l’un d’un côté de la fenêtre, et l’autre de même. Tous deux si vivants et indispensables au monde.

Christine.

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Alex de Kyburg

Chère Lilly, Pardonnez-moi de m’adresser à vous par votre prénom, car je n’ai jamais connu votre patronyme. Aujourd’hui, je me permets de vous écrire pour vous raconter une histoire dans laquelle vous êtes, malgré vous, l’héroïne. Tout commence il y a bien longtemps, à l’époque où vous étiez professeure de français en cycle secondaire, et moi encore étudiant au gymnase. Vous deviez avoir plus de la vingtaine, et moi un peu moins. J’avoue avoir été follement amoureux de vous, mais vous n’en avez jamais rien su. Trop intimidé par votre charme, il m’était impossible de vous aborder.

Or voici qu’il y a une semaine, je suis allé rendre une dernière visite à mon oncle Henri, au home de La Fleur du Soir. Un miracle s’est produit quand, avant de repartir, je suis descendu à la cafétéria de l’institution; à une table, près de la baie vitrée, était assise une apparition droite sortie d’un rêve: vous. Presque soixante ans plus tard, je revoyais Lilly! Madame, vous êtes toujours aussi rayonnante et les rides n’ont rien enlevé à votre beauté.

J’ai failli me lever et venir me présenter. Mais, au moment où j’allais en trouver le courage, deux personnes de votre famille, semble-t-il, vous ont rejointe avec des plateaux chargés de boissons et de gâteries. Comme je ne pouvais pas m’en aller ainsi, vous sachant là, je suis donc passé au secrétariat, juste à côté, pour leur emprunter de quoi vous écrire ce mot, et les prier de vous le remettre après le départ des visites. Vous me jugerez sûrement trop cavalier, mais je n’ai pu résister. Mon initiative vous paraîtra peut-être puérile et trop maladroite pour y donner suite, toutefois, si vous le voulez bien, sachez que j’aurais grand plaisir à vous rencontrer et mieux vous connaître. À cette fin, et si le cœur vous en dit, je me permets de vous laisser mon adresse dans l’espoir que vous répondiez à mon message.

Bien à vous,
A. de Kyburg.

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Frédérique Mosimann

Ma chère grand-maman, L’autre jour, l’odeur d’un cake au chocolat qui cuisait doucement dans mon four m’a plongée dans mes souvenirs d’enfance avec nostalgie. Les années ont passé, mais comme on le dit souvent, la mémoire des sens reste intacte. Il est clair que mon cake n’a rien à voir avec les fameux «Mississippi» que nous faisions ensemble, et dont tu avais le secret. Aussi, j’aurais tant aimé partager avec toi ces moments rares et précieux que je me remémore. Il faut dire que nous avons tellement fait d’activités ensemble: les gâteaux, les tresses, les confitures, la couture. Te souviens-tu de ces mètres de tissus que nous avons cousus pour en faire des rideaux pour mon premier appartement? Et surtout, la préparation des œufs pour les fêtes pascales. Ces dernières se profilent à l’horizon, mais cette année, elles seront différentes. Tu es née peu après 14-18, as traversé 39-45 et te voilà replongée dans un confinement

Ce qui m’attriste le plus est que nous ne pouvons pas même te rendre visite pour te déposer un petit lapin. Même si c’est pour te protéger, j’espère que tu comprends pourquoi personne ne vient. Toi qui es l’une des résidentes qui reçoit le plus de visites, ça doit être bien long. Aujourd’hui, je t’ai appelée, car j’avais besoin d’entendre ta voix, ancrer nos moments d’insouciance tant aimés, mais aussi pour me rassurer sur ton état de santé. Tu m’as semblé «bien», mais tu m’as confirmé que ce n’était pas facile d’être sans contact avec nous.

Malheureusement, tu ne pourras pas lire cette lettre, ta cécité t’en privant, et je souhaite de tout mon cœur qu’une âme bienveillante t’en fera la lecture, car j’en suis convaincue, la douce odeur du chocolat te replongera aussi dans cette période si merveilleuse. Il me tarde que notre liberté nous soit rendue afin de nous revoir et d’échanger à nouveau, même si ton état de santé ne nous le permet que trop peu. Du plus profond de mon cœur, j’espère que ces quelques lignes t’auront apporté un instant de bonheur, et surtout, que tu pourras quantifier la force de mon amour pour toi.

À très bientôt, ma chère grand-maman, prends soin de toi.

Frédérique.

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Nétonon Noël Ndjékéry

Chère Gigi, Je t’ai entendue évoquer tes crises d’angoisse sur les ondes, et j’en ai été bouleversé. Le peu que tu as laissé filtrer de ta vie me donne une pâle idée de l’étendue de ta solitude à l’heure où un terrible fléau décime les hommes. Tu as vu le jour dans une famille aisée. Tu avais tout à portée d’envie pour croquer la vie à belles dents au bord du lac Léman. Mais, à la fleur de l’âge, tu as attrapé ce singulier virus qui pousse à s’ouvrir aux autres et à l’ailleurs. Tu es allée en Afrique soulager le monde d’un rien de sa misère. Par devoir d’humanité? Non, par humanisme tout court. Tu estimes encore aujourd’hui que cette planète, déjà déséquilibrée, tourne à l’envers du bon sens.

Les années ont passé. Tu as permis à nombre de jeunes défavorisés de s’en sortir sur place. Cependant, les défis à relever n’ont de cesse de se renouveler. Or sous les tropiques, l’espérance de vie plafonne à 40 ans. Et te voilà presque rendue au double de cette «longévité». Alors tu es rentrée au bercail. Tu as troqué les repas partagés à plusieurs contre les casse-croûtes en tête-à-tête avec ta télé, sans pour autant décrocher des divers projets que tu soutiens là-bas. Alors je doute que tu t’angoisses pour toi-même. Cela te ressemble si peu. Au fait, ne te tourmenterais-tu pas plutôt pour cette multitude de filleuls et d’amis que tu as laissés là-bas, ces gens que le feu de la pandémie à l’œuvre éclaire d’une lueur de mauvais augure? Tu te dis: si la calamité tue tant dans le Nord mieux équipé, qu’en sera-t-il dans le Sud si démuni?

L’astuce pour attraper le sommeil, c’est de compter les moutons. Pour échapper à l’angoisse, il ne serait pas vain de passer en revue les meilleurs fous rires dont la vie nous ait fait grâce. Ce n’est pas une recette de marabout à court d’idée, mais de grand-mère. Je la tiens d’une aïeule de bonne foi. Ça ne te coûtera qu’un sourire d’essayer.

Je t’assure de toute ma sollicitude.

Cordialement,

Nétonon Noël.

www.24heures.ch

 

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Patricia Tella 27 avril 2020

Pour Esteban 2 ans qui manque à ses grands-parents

Il faisait très chaud pour un jour d’hiver. Le soleil me chauffait les joues et l’étoile qu’on avait suspendue à la fenêtre pour le Père Noël s’est mise à briller. On était tous les trois dans le jardin et on jouait à faire de la musique avec les ustensiles de cuisine de Mamy « Yaya ». J’avais ma doudoune et mon bonnet « chat », mon favori, et je tournais en rond comme une hélice en chantant, ça vous faisait pleurer de rire. J’aime bien vous entendre rire et je voulais que ça s’arrête jamais. En face du cabanon, Coco aboyait pour nous accompagner. Après manger, je me suis endormi sur les genoux de papy « Bobo » qui m’a installé doucement dans le cabanon pour la sieste.
A mon réveil, maman et papa étaient là et je sentais que quelque chose était différent. Ils ont dit : « Il faut partir, maintenant ! Fais aurevoir à papy et mamy ! » Et quand j’ai voulu vous embrasser, ils m’ont tiré par la main brusquement : « On ne fait pas de bisous aujourd’hui ! » J’avais peut-être fait quelque chose de mal ? Une bêtise ?
J’ai tout essayé pour rester encore quelques minutes avec vous. Crier et bouder, ce sont mes armes préférées. Ça n’a pas marché. C’est la dernière fois que j’ai senti votre odeur et touché la douceur de votre peau. Depuis, je vous vois dans un écran et barbouille avec vous. J’ai beau essayer avec mes petites mains de traverser l’image, mais je suis pas encore assez costaud pour y arriver. Vos papouilles me manquent. Pourquoi je peux plus venir chez vous ? Je suis puni ?
Papa m’a expliqué que c’est à cause d’un « Birus » au drôle de nom que je peux plus vous voir. « Un sale truc invisible », a ajouté maman. Comment est-ce qu’un truc sale et qu’on voit même pas peut nous éloigner ? Je sais pas, mais je vous promets que je deviendrai plus grand et plus fort que ce « Birus » pour qu’il ne puisse plus jamais nous séparer.

Je vous aime,
Votre petit-fils Esteban

 

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Florian Poupelin 29 avril 2020

Chère Magdeleine, chère grand-mère,

Je crois que c’est la première fois que je t’écris. Il aura fallu le temps d’une pandémie pour que je m’y mette. Je m’excuse de ne pas l’avoir fait plus tôt. Sache seulement que même si je ne t’ai jamais écrit, j’ai toujours pensé à toi. Souvent à des moments inhabituels, en faisant la vaisselle ou en prenant ma douche. Des moments précieux, où mon esprit se vide et où les choses importantes, celles qui comptent vraiment et dont tu fais partie, refont surface. Je suis heureux de penser à toi et, en même temps, je m’en veux, car je suis parti dans un autre pays et, quand je viens en Vendée, je ne prends parfois pas le temps de te voir. Je cherche des excuses, mais n’en trouve jamais, sûrement car elles n’existent pas. La dernière fois que je t’ai vue, c’était il y a quelques années, avec papa. Il y avait des petites briques de jus d’orange dans le frigo de ta chambre, à Sainte-Anne. J’ai failli pleurer. Il y en avait aussi sous l’escalier de ton ancienne maison. Tu en avais toujours d’avance pour nous, tes petits-enfants, et tu en as encore aujourd’hui. Je trouve ça si beau. Je sais qu’en ces temps de confinement, il faudrait parler en souriant, ne pas ressasser le passé et se préparer pour l’avenir. Mais que nous le voulions ou non, tu appartiens au passé désormais, à mon passé d’enfant, celui qui m’a ciselé et auquel tu as tant participé. Tu as 95 ans, j’en ai 34. Plus d’un demi-siècle nous sépare. Tout ce temps a nourri l’amour que j’ai pour toi. Cet amour que j’ai toujours eu, là, dans mon cœur, et qui y restera bien après ta mort et la mienne. Je raconterai à mes enfants et, qui sait, à mes petits-enfants quelle merveilleuse grand-mère tu étais. Sans toi je n’aurais pas été le même. J’essaie, je crois, de te dire merci. J’espère que tu te souviendras de moi, car papa m’a dit que parfois tu ne te souviens pas de lui.

Je t’embrasse.

Ton petit-fils, Florian

 

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Clara Le Corre 30 avril 2020

Papy,

Hier, l’enfant, c’était toi, débordant d’énergie, à courir dans les champs avec ta brouette. Aujourd’hui, l’enfant, c’est moi et je cours après le temps.
On dit qu’il faut montrer l’exemple aux enfants. Mais comment fais-tu, là où tu es ?

On doit garder le monde pendant que tu gardes ton lit. On doit être grand et fort, mais tu ne m’as pas expliqué comment faire.
Alors, si tu pouvais t’échapper en pensées, où irions-nous ? Quels endroits fabuleux pourrions-nous visiter ? Nous avons juste oublié qui nous étions, un peu, et nous continuons de nous laisser porter au gré des courants.

Je sais que la guerre t’a détruit. Et je me demande si je vis une guerre aujourd’hui ou si la seule guerre, c’est celle de se connaître et de rester intimement soi-même.

Je me souviens de ta voix grave, de tes rires et de l’odeur de ton cigare. Je me souviens de tes dents rongées par le tabac, ce vieux fauteuil d’osier qui avait pris la forme de ton dos tant tu t’y étais adossé.

Tu es parti sans que je puisse te dire au revoir. Je devais t’appeler ; tu n’aurais entendu que ma voix, tu n’aurais pas pu répondre parce que la maladie t’en privait déjà. Mais je sentais que je devais le faire. Autrement, je le regretterai. Alors, j’ai pris le téléphone qui me brûlait les doigts. J’ai appelé, mais tu n’as jamais décroché.

Papy, pardonne-moi d’avoir perdu cette bataille. Pardonne-moi si je n’ai pas réussi à te dire au revoir. Je suis toujours une enfant qui a gardé tes lettres, comme tu as gardé les miennes. Je suis ta petite-fille et je t’aime.

Clara

 

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Eric GIULIANA 1er mai 2020

Ma chère Rosa,

Nul ne lira cette lettre et le monde ne s’en portera sans doute pas plus mal.
Et pourtant ! Je regrette tant que vous n’ayez pas vécu trois ans de plus – seulement trois petites années – pour récolter ce que vous aviez semé six décennies plus tôt.
Vous avez changé ce pays à jamais et aucun mot ne sera assez fort pour exprimer ce que je ressens dans le tréfonds de mon être.
Seule la poésie, peut-être…

Echouer
Quelque part
Ici-bas
Dans ce gouffre
Dans ses rets

Secouer
Ces remparts
Ton combat
Toi qui souffres
Ulcérée

Tu résistes
Tu ferrailles
Plus solide
Qu’un wenge
Qui se dresse
Tu persistes

On te raille
La candide
Qui pagaie
Tu transgresses

Vent debout
Mais assise
Tu es digne
Ils s’offusquent
Ils fulminent

Jusqu’au bout
Quoi qu’ils disent
Qu’ils trépignent
Qu’ils te brusquent
Tu t’obstines

Pelleteuse
De nuages
Devenue
Rosa Parks
L’olifant

Tourmenteuse
Sans bagage
Et menue
Rosa Parks
Qui pourfend

Et surtout
Ne jamais
Oublier
Ce jeudi
De décembre

Et partout
Ne jamais
Oublier
Ce jeudi
De décembre.

Votre serviteur dévoué,
Votre obligé et, je l’espère, digne héritier,
Barack Hussein Obama, 44ème président des Etats-Unis d’Amérique.

 

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Danielle Cudré-Mauroux 2 mai 2020

Bonjour mes chers contemporains seniors,

Cette drôle de situation que l’on vit pendant cette pandémie me donne l’occasion de vous écrire ce petit mot, histoire de vous tenir au courant de ce qui se passe dehors et vous dire que j’ai une pensée toute particulière pour vous.

Dehors, on dit que c’est vous qu’il faut protéger. Cela part d’un bon sentiment, la preuve que l’on vous aime et que l’on tient à vous ! Mais, vous, confinés à l’EMS ! Vous qui avez vécu la guerre et les cartes de rationnement, vous en avez vu d’autres. Je ne serais donc pas étonnée de vous entendre murmurer affectueusement. « Ah ! Ces jeunes ils n’ont encore rien vu ! »

Alors, si je vous écris, c’est aussi pour vous demander votre témoignage en tant qu’ainés. Lorsque vos proches, jeunes et moins jeunes vous appellent, vous êtes les plus à même de leur donner des conseils pour qu’ils fassent ce qu’il faut pour que cette épidémie passe le plus rapidement possible, sans trop de casse. C’est à eux maintenant qu’appartient l’avenir ! Dites-leur qu’ils se déplacent le moins possible pour éviter le coronavirus, parce que vous avez besoin de leur amour.

Dehors, il y a des sexagénaires, des septuagénaires encore en liberté. J’ai appris qu’au Tessin on les empêche d’aller au supermarché. J’ai décidé de profiter de ce retrait obligé pour me plonger dans une longue méditation. Je veux dire par là un exercice solitaire d’introspection, bien nécessaire dans le monde d’aujourd’hui.

Et vous en EMS, qui n’avez d’autres choix que de prendre votre solitude en patience, rappelez à vos enfants que vous aussi vous avez été jeunes et impatients. Dites-leur qu’il vous en a fallu du temps pour acquérir la sagesse, la patience.

Je ne vous cacherai pas, qu’en liberté conditionnelle, puisque j’ai plus de 65 ans, je me réjouis de revenir à une vie « normale » avec la résolution de savourer le temps.

En vous souhaitant le retour des beaux jours, des visites de votre famille, je vous adresse, Chers contemporains seniors, mes plus cordiales salutations.

Danielle

 

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«Chère Nadica, paru dans les 24H du samedi 2 mai 2020

Tu vis une belle histoire en Chine. Je le sais. Tu me l’as écrit. Et c’est parti pour une année. J’ai eu un coup au cœur lorsque, effrayée, tu m’as lancé un message. On n’avait pas pu se voir avant ton départ. En descendant de ton avion tu remarquas que tout le monde portait un masque. Ton vol était l’un des derniers à pouvoir partir avant la suspension du trafic aérien.

Tu m’as ensuite rassurée, m’as raconté ta découverte de ta nouvelle vie dans une petite ville chinoise. Petite ville habitée par des millions de personnes. Et j’ai pu voir des images lumineuses. En effet, tu travailles sur le thème de la lumière, tout un symbole. Bilingue totale et spécialiste du bouddhisme, compétences que tu mets à disposition de cette belle aventure.

Mes nouvelles sont bonnes. Je vais bien et goûte chaque instant comme un cadeau immense. C’est mon héritage. Il faut garder et nourrir la flamme. Le virus n’y est pour rien. La vie est pleine de surprise. Il faut l’aimer suffisamment pour préserver la sienne, sa santé et penser à celle des autres.

En revanche, l’arrivée de la pandémie a doublé l’insécurité et augmenté les dangers dans mon pays natal, déjà quotidiennement sous les bombes, dont on sait qu’elles sont aveugles et tuent jeunes, vieux, enfants, femmes, des civils sans distinction. Des milliers de réfugiés afghans en Iran, que l’on ne voulait pas traiter en raison de leur origine, ont décidé de rentrer au pays et de braver la guerre.

Au début des années nonante, mes parents ont quitté la vie avec des maladies de l’exil qui dessinent l’horizon du désespoir. En pensant à eux, je me dis qu’ils dorment en paix quelque part en Occident et n’assistent pas à l’enfer dans leur pays. Ma mère disait qu’elle était une citoyenne du monde. Une réalité dont chacun n’a pas conscience. Le virus nous rappelle que nous habitons la même planète.

Je te transmets par cette lettre les énergies porteuses qui font partie de l’écologie humaine. À bientôt sur les ailes des oiseaux qui annoncent le printemps.

Ta tante, Sima.

www.24Heures.ch

 

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Jean-Luc Laurent 4 mai 2020

Chers résidents,

Ainsi vous voilà confinés. J’ai presque envie de dire confinés pour la seconde fois. Parce que, soyons honnêtes! Lorsque vous êtes arrivés pour la première fois dans ce nouveau lieu de vie, malgré toute l’attention qui vous a été portée par celles et ceux qui vous entourent ici, vous vous êtes sentis, pour la plupart d’entre vous en tout cas, bien seuls.

Et puis maintenant, rebelote! Voilà ce satané virus qui vous isole à nouveau. Bien sûr, ce n’est pas la même solitude puisque vous êtes tous rassemblés ici pour ce petit moment de lecture. Mais quand même! Plus de visites, plus d’amis, plus de famille pour venir partager une tasse de thé.

Quand je pense à vous, je ne peux m’empêcher de penser à la Rosablanche, cet EMS mille fois raconté par le regretté François Silvant, avec toutes ses péripéties.

Mais aussi, quand je pense à vous, je ne peux m’empêcher de penser à mes parents. Eux aussi ont terminé leur vie dans une maison telle que celle-ci. Oh bien sûr ! Ils ont toujours été bien traités, mais quand même. Ce n’est pas ce qu’ils avaient espéré. On leur avait dit que ça ne se passerait pas comme ça, et puis un jour, il a fallut se rendre à l’évidence. Ce n’était plus possible pour eux de rester dans leur appartement. L’EMS qui les a accueilli était dans le même village ce qui leur a permis de revoir des visages connus, ces visages qui les ont accompagnés dans leur vie quotidienne jusqu’à la fin.

Voilà ce que j’avais envie de vous dire, chers résidents. Prenez votre courage à deux mains. Bientôt, j’espère, vos proches pourront à nouveau venir vous dire un petit bonjour et peut-être, je dis bien peut-être, que les gens auront appris quelque chose de tout ça. Peut-être auront-ils appris qu’il n’y a pas que l’argent dans la vie.

Jean-Luc

 

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Pierre Yves Lador 5 mai 2020

Une poignée de main à mon père et à son fils, du Pays-d’Enhaut

Mon petit papa,

Un an après la mort de ta femme, ton corps obéit à ton désir et tu allas trois nuits au CHUV puis une nuit à Rive-Neuve.

Je pris ta main molle et tiède dans les miennes et je revis ton discours enjoué vantant à ton épouse la main de fer de Lomazzi, indispensable pour retourner un ramequin dans la poêle sans se brûler. Et avec la main de fer, les injonctions, Brust heraus, Kopf hoch qui devaient redresser ma scoliose, ma cyphose, ma lordose et ma névrose et puis nos longues résiliences jusqu’à ce soir où ta main redevint de fer quand elle se crispa entre les miennes, les saisissant fermement, et puis dans un dernier souffle, elle se ramollit, les lâcha, et tu partis pour les confins de la galaxie rejoindre ta moitié.

17 ans déjà, et aujourd’hui je pourrais m’écrire cette lettre, à un vieillard menacé de toute part, virus ou non, tel le don Quichotte de Gustave Doré, qui se souvient avoir marché en famille au fond de l’Engadine avec ses grands-parents, puis ses parents, ses petits-enfants et c’est la commune loi qui de notre naissance nous conduit en un zigzag plus ou moins joyeux et tourmenté vers un autre ciel. Je pratique ici et maintenant la maxime des moines :

O beata solitudo, o sola beatitudo qui m’a conduit à m’écrire et m’envoyer cette lettre (la factrice porte un masque et des gants) à moi-même qui remplit, puisque c’est la consigne, les conditions pour la recevoir: je vis seul entre les primevères et les pissenlits que j’ai la chance de contempler encore d’en haut et de dévorer tout cru. Et je me laverai les mains après avoir ouvert ma boîte à lettres.

A la revoyure donc.

Pierre Yves

 

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José SEYDOUX 8 mai 2020

Je dirai malgré tout que cette vie fut belle

Chers Aînés, chères Aînées,

Je me permets d’emprunter ce titre à Jean d’Ormesson… Il y a peu, le grand homme de lettres français, philosophe de l’esprit et observateur inégalable du temps qui passe, analysait son existence avec tant de bon sens et de pertinence que son œuvre fait aujourd’hui figure de leçon de vie.

J’écris cette missive en m’adressant à vous, aîné(e)s (moins jeunes, seniors et autres bonnes gens du troisième âge: synonymes à choix), compagnons et compagnes de génération, aujourd’hui dits à risques et confinés… en sursis sinon Immortels! Mais nous ne saurions nous plaindre, non vraiment pas et, si vous me lisez, c’est bien que cette affirmation ne souffre d‘aucune exception. Vous avez été zélé(e)s comme le dit Manuella Maury. Je dirais même plus: si vous êtes né(e) au milieu des années cinquante ou un peu avant, vous avez en effet vécu, certes avec plus ou moins de bonheur, l’AGE D’OR du troisième âge. Vos parents et encore moins vos grands-parents n’ont pas connu tel privilège! Souvenez-vous ou dois-je vous rafraîchir la mémoire, normal à votre âge! Quelques exemples: vous n’avez pas connu de guerre mondiale en Europe (première victoire de l’UE), mais Mai 68, le «temps libre» (et l’amour aussi!), et surtout les Trente Glorieuses avec leur fantastique croissance économique, sociale et touristique, assortie d’un progrès de la médecine qui vous vaut de me lire aujourd’hui… autant d’acquis inédits et incontestables. Mieux encore, votre espérance de vie a troqué les escaliers contre l’ascenseur… et vous savez ce que cela signifie; elle est en Suisse, l’une des plus hautes dans le monde, de 85,4 ans pour les femmes et de 81,7 ans pour les hommes. La grande majorité d’entre vous, dès lors, peut encore compter sur une ou deux décennies devant soi: pour bien vivre, dépenser sans se sentir obligé de faire des économies, profiter du monde et de la liberté, plaire, séduire, aimer… Des printemps durant. Mais de quoi vous plaignez-vous? Tout réside dans votre choix de voir le verre à moitié vide ou le verre à moitié plein. Le pessimisme ou l’optimisme. Selon que vous êtes des gens à problèmes ou des gens à solutions. Ce qui est sûr, chers lecteurs et chères lectrices, c’est que vous êtes dans la fleur de l’âge. Quant au coronavirus, envoyez-le sur les roses!

Cordialement… et vitalement.

José Seydoux, écrivain

 

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Parus dans les 24heures du samedi 9 mai 2020
DES MOTS POUR LA FÊTE DES MÈRES
Lettres à nos aînésCette semaine, cinq membres de l’Association vaudoise des écrivains prennent la plume pour évoquer leur maman, entre souvenirs et confinement.

Pierre Yves Lador, Château-d’Œx

«Tu étais celle qui reliait les membres de la famille»

«Ma petite maman, avec les années, te ratatinerais-tu ou est-ce que je grandis? Non, je me tasse et me densifie et toi tu occupes une grande partie de mon ciel. Ce «petite» est une manière de t’apprivoiser, de te rapprocher, de te remercier pour ce que tu m’as porté, m’as fait, m’as apporté, m’as protégé, m’as aimé. Tu sais bien que depuis que tu m’as quitté, tu es toujours là et que je te revois, te rêves, te parles. Je te vois dans nos vacances, assises sur un banc à l’orée de la forêt, tricotant ou lisant dans ta robe à pois, coiffée de ce petit chapeau plié, presque comme on faisait un bateau, dans une double page de la «Feuille d’Avis de Lausanne» que nous recevions au fond des Grisons. Et tu nous regardais jouer, nous disant de cesser d’importuner les fourmis qui ne nous feraient pas de mal si nous ne les dérangions pas. Ce qui n’était pas vrai, mais elles étaient chez elles, et tu avais raison, nous n’avions pas mon frère et moi à les embêter, en effet tu n’avais pas dit importuner mais embêter, c’étaient nous les intrus. Et tu nous enseignais, comme distraitement, sans avoir l’air d’y toucher, l’écologie, on n’usait pas alors de ce mot, le respect des autres, de la nature et le stoïcisme, supporter une petite pinçure de fourmi, ne pas songer à la vengeance, action qui ne répare rien, qui au contraire alourdit et prolonge notre douleur. Ce n’étaient pas les fourmis, les bêtes, c’était nous! Et si tu nous parlais si souvent du Ciel, avec une majuscule, tu étais une vraie terrienne qui l’aimait, la terre et me la fit aimer. Tu m’appris la confiance, confiance en la vie, sa famille, la nature et l’univers. Tu ruisselais d’amour et même quand tu te fâchais, tu nous aimais et tu nous pardonnais et nous embrassais. Tu étais celle qui reliait les membres de la famille, qui mettait de l’huile dans les rouages et sans doute n’en étais-je pas assez conscient alors, ni reconnaissant. C’est pourquoi aujourd’hui je veux te redire merci, maman, à bientôt, dans un prochain rêve ou…»

* * *
Catherine Gaillard-Sarron, Chamblon

«En ce dimanche particulier, je pense à toi»

«Ma chère maman, En ce jour de Fête des mères, je pense à toi et me souviens avec émotion de ces dimanches particuliers où chacun te fêtait avec amour. Les traditions se perdent, mais à l’époque c’était un jour important. Un jour où, même si c’était encore toi qui nous concoctais un festin de roi, tu étais la reine de nos cœurs et au centre des attentions. Un jour spécial où nous cherchions tous à te faire plaisir. Nous avions peu d’argent pour t’acheter un présent, mais chacun rivalisait d’originalité pour te plaire et te prouver son affection. Longtemps, parce que je trouvais ça beau, et parce que cela ne coûtait pas plus que les quelques sous dont je disposais, je t’ai offert des carafes. Des verres de toutes les couleurs, de toutes les formes, que tu as conservés et que j’ai retrouvés après ton décès lorsque nous avons vidé les armoires. Ce jour-là, face à toute cette verroterie qui étincelait dans la lumière du matin et dont personne ne voulait, mes larmes se sont mises à couler. Je me suis revue au magasin, recomptant mes p’tits sous, hésitante devant ces carafes chatoyantes qui ravissaient mon regard d’enfant et me semblaient un cadeau digne de l’amour que je te portais.

En dépit des années, tu les avais toutes conservées précieusement rangées au fond du buffet. J’en étais bouleversée. Évelyne avait ri devant mon émoi et m’avait rappelé mon obstination à t’offrir ces carafes inutiles ainsi que son étonnement devant le fait que tu ne les avais jamais jetées.

La maison a été vendue, le passé n’est plus. Mais j’ai conservé quelques-unes de ces carafes où je décante mes souvenirs. Et lorsque les rayons du soleil traversent ces verres colorés, irisant la pièce de reflets multicolores, je sais que ces carafes n’étaient pas d’inutiles cadeaux, mais les symboles lumineux de mon amour pour toi, devenus à leur tour les symboles précieux de l’amour que tu avais pour moi. Des verres toujours intacts qui éclairent mon cœur et ma mémoire d’une lumière magique.

Bonne fête maman.»

* * *
Anne Bornand, Morges

«Il ne reste aujourd’hui que les bons souvenirs»

«Ma chère Maman, Cela fait déjà dix ans que tu es décédée paisiblement pendant ton sommeil à l’EMS Pré- Pariset à Pully. Tu avais 88ans. L’âge venant, tu avais décidé que tu ne pouvais plus vivre seule. Tu participais aux activités de la résidence, tu mangeais bien et la foi t’a probablement soutenue. Nous venions te voir souvent.

Je n’ai pas toujours été d’accord sur la manière dont tu nous as élevées. Pas plus que pour les obligations religieuses auxquelles tu nous as contraintes. Souvent, le temps efface les conflits. Il ne reste aujourd’hui que les bons souvenirs. La résilience est passée par là.

Je me rappelle de tes gâteaux au maïs que tu cuisinais le samedi. Un régal olfactif et gourmand. Un beau jaune citron sous une croûte dorée. Je n’en ai plus jamais dégusté depuis mon mariage.

Tu avais obtenu un CFC de commerce à une époque où les filles suivaient plutôt l’école ménagère. Tu n’as que peu exercé. Cela t’a manqué. Mais quand on a quatre filles, il est difficile de tout concilier. Tu t’es beaucoup investie dans nos devoirs et de cela je t’en remercie sincèrement. Tu nous faisais réciter poésies, vocabulaires allemand, anglais, italien et latin. Et, chose admirable, tu nous faisais des dictées musicales alors que tu ne connaissais pas les notes. Ma maîtresse d’histoire, Mme Heer, me faisait apprendre des dizaines de pages pour les travaux écrits. J’en pleurais. Patiemment, tu me résumais l’essentiel… Et tu fus si fière de ma réussite professionnelle!

Quand l’informatique s’est popularisée, tu as suivi un cours à la Migros. Tu avais déjà 80ans et tu estimais n’être pas plus sotte que tes filles. Tu n’as jamais osé dire ton âge à tes collègues d’apprentissage. Tu as pu commander tes commissions au Shop, visiter les musées en ligne et discuter par Skype avec une de tes petites-filles au Chili. Je t’ai admirée pour cette volonté de rester au courant de tout.

Tes filles sont devenues des vieilles dames. Je t’embrasse Maman, toi qui as tout donné pour tes enfants.»

* * *
Gil Pidoux, Lausanne

«On est toujours l’enfant de sa mère»

«Bien chère maman, Quelle chose étrange que de t’écrire pour la Fête des mères, à toi, qui depuis si longtemps ne demeure plus que dans mon incertaine mémoire.

Certes, la mémoire peut faire rejaillir, en des instants et des lieux imprévus, avec une force et une précision presque cruelle, la présence d’un être cher. Mais elle ne peut nous permettre qu’un échange immatériel et trop bref.

Je ne puis plus t’apporter ni fleurs ni friandises autrement que par la virtualité de ma pensée, poser le doigt sur la petite touche intime de mon clavier intérieur, y déposer ton nom, tracer la forme d’un cœur, qui est celui de ton fils, inscrire cette forme dans le tien.

Un seul signe pourtant suffit à dire merci. Merci de m’avoir mis au monde, de m’avoir accompagné sur l’incertitude du chemin de ma vie. On est toujours, coûte que coûte, l’enfant de sa mère. Elle a pour nous les premiers bras de l’amour, les premiers baisers, les premières tendresses.

Le bouquet que je t’offre aujourd’hui est celui d’un printemps fou de feuilles et de fleurs et d’un ciel plus lumineux que jamais sur le temps de notre confinement.

À l’heure même où tu nous as quittés, ma sœur, mes frères, ton mari et moi, j’ai, pour une fois, raté le train qui m’aurait permis de te rejoindre avant ton dernier souffle.

Paniqué (le prochain train ne s’arrêterait que dans une heure), je suis monté dans la forêt qui domine mon petit village.

J’ai fait un feu, dans le berceau de quelques pierres, pour te donner un signe qui ne pouvait s’écrire que dans l’odeur de la résine, les flammes de la reconnaissance et la fumée du temps.

Aujourd’hui ce feu brûle encore dans mon cœur, comme la vive clarté d’un phare qui ne s’éteint pas.

Car ne peuvent pas s’éteindre les éclats de la lumière partagée qu’irise le bonheur, car ne sont pas lettre morte tes messages d’encouragement, car peuvent encore résonner certaines paroles, certaines brassées de rire. La Fête des mères n’a pas de frontière entre les êtres disparus et ceux qui, comme moi, leur font offrande des braises du souvenir.

Je t’aime maman.»

* * *
Imad Ikhouane, Lausanne

«Merci pour l’enfance que tu m’as donnée»

«À la femme de ma vie. Une victoire qui ne coûte pas n’est qu’une réussite. Et il y a du triomphe dans l’aube qui se lève. N’a-t-elle pas vaincu la nuit? Et n’accouche-t-elle pas d’un nouveau jour? Toi aussi maman tu as vaincu la nuit. Je n’étais pas une simple naissance, j’étais ta victoire contre une maladie qui n’était pas la tienne.

Je suis déjà debout. Les lève-tôt, dis-tu, ont de l’or dans la poche, et le soleil qui se lève m’inonde tout entier d’or. Le jour est encore chancelant, comme un bébé qui fait ses premiers pas. Je lève la tête, la journée aura son lot de nuages, c’est sûrement mieux ainsi. De cela tu ne parles jamais maman. Nous sommes d’une famille où on ne se plaint pas. Pourtant c’est à tes hivers que tu as dû la beauté de tes printemps. Les arbres ne se hisseraient pas sur leurs racines s’ils ne fuyaient pas l’ombre et nous ne devenons nous-mêmes qu’après avoir escaladé la falaise qui un jour a stipulé «Ton destin est d’être à mes pieds»

Le jour de mon 10e anniversaire, tu m’as offert un livre et écrit un poème. «L’amoureux que j’ai moi-même conçu» avait-il pour titre. J’étais trop petit pour comprendre. Maintenant, j’ai l’âge, et des enfants. À mon tour de donner le bon titre à une sorte de poème que je t’écris, à cette lettre à l’occasion de la Fête des mères, la fête de la vie.

Nous sommes d’une famille où l’on ne dit pas facilement ces choses tendres qui nous sont si précieuses, comme si les verbaliser était les déprécier. Tu veux savoir maman? Je crois que c’est un tort. Permets-moi de te dire que je t’aime. Merci pour l’enfance que tu m’as donnée, merci pour les histoires que tu me racontais et qui ont fait de moi l’amoureux des mots que je suis. Tu as encore tant de choses à m’apprendre, mais dis-moi d’abord: comment devient-on une maman aussi merveilleuse? Dis-le au papa de tes deux petits-enfants.

Le soleil déjà haut dans le ciel éclaire maintenant la plus belle journée de l’année. Ta journée et celle de toutes les mamans. À vous toutes, merveilleuses femmes, je souhaite une bonne Fête des mères!»

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