Intimités marines

Bruno Mercier A la carte, Sierre2009N° ISBN : 9782940436132

Description

Intimités marines

Suivi de Errances

Trois pistils de safran suffisent à modifier le goût d’un plat tout entier. Une seule goutte de sang permet de colorer un plein verre d’eau. Un grain de sable peut enrayer une puissante machine.
Pourquoi faudrait-il qu’il en aille autrement dans l’expression poétique ? Bruno Mercier le sait bien : quelques touches habiles, quelques mots forts en suspension dans l’air, quelques images, quelques métaphores, et le monde tout entier se trouve décliné en quelques vers. Dans les arts plastiques, personne ne songerait à nier l’incomparable pouvoir de l’esquisse, gorgée d’un souffle créateur bien plus perceptible que le tableau dont elle a servi de fondement. Dans la poésie de Bruno Mercier l’écriture prend la forme providentielle du tracé plastique. On palpe les mots, on souligne d’un geste délicat leur minutieux agencement. Chacun a pris sa place, s’est fait ses marques, ici et non pas ailleurs, ainsi et non pas autrement. Sensualité, sensibilité, densité. Tout cela s’entremêle avec bonheur parce que la maîtrise technique est parfaitement rôdée, merveilleusement au point.
Je ne peux m’empêcher, devant l’art poétique de Bruno Mercier, de penser à la fois aux fusains vigoureux du fougueux L’Eplattenier et aux crayons vibrants du sensible Auberjonois.
Et puis, comment pourrais-je passer sous silence l’amour inconditionnel que je porte à l’agencement dynamique et mélodique des vers libres et qui constitue à mes yeux l’indispensable ancrage prosodique du poème ? Bruno Mercier le sait mieux que quiconque : un poète ne peut faire l’économie de l’élégance formelle.
Comme l’orateur pour qui les mots se succèdent naturellement dans le discours qu’il tient ou comme le musicien que l’on croirait né avec son instrument, Bruno Mercier pose les mots sans artifice, à l’écart de toute sophistication langagière et à mille lieues de ces poètes abscons qui ne sont, à parler franc, que de pathétiques éoliennes. Aucune auto-complaisance, aucun délire narcissique, aucune démagogie non plus chez cet écrivain qui articule systématiquement son architecture poétique autour de ces trois piliers fondamentaux : la sensibilité, la densité et l’élégance, dans la seule perspective de laisser une trace écrite du souffle créateur qui sous-tend chacun des poèmes auxquels sa plume donne naissance ; il n’a rien du poète nombriliste qui, devant sa propre image que reflète le miroir de la vie s’écrie « je m’aime » et conjugue le verbe en des vers qui s’apparentent davantage à la confiture sirupeuse qu’à la poésie.
C’est un poète qui garde les yeux grands ouverts sur le monde dont il est citoyen et qui se sent très concerné par la douloureuse situation de nos confrères écrivains qui, dans beaucoup de pays, se voient muselés par les pouvoirs politiques qui bafouent sans vergogne les droits de l’Homme et tout particulièrement la liberté d’expression. Ce n’est donc pas pour rien qu’il est membre du Centre suisse romand de P.E.N. International. Mais Bruno Mercier est aussi un poète profondément enraciné dans notre merveilleux Lavaux et c’est tout naturellement qu’on le trouve donc aussi au rang des membres de l’Association vaudoise des écrivains.

Jacques HERMAN
Ancien président de l’Association
Vaudoise des Écrivains
Vice-président du Centre suisse
romand de P.E.N. International

Peintures de Danièle Burri
Avec les soutiens de: